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The Grandmaster

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les avis de Cinemasie

5 critiques: 3.25/5

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22 critiques: 2.89/5



Xavier Chanoine 4 Elégant et racé, parcouru de fulgurances malgré une intrigue difficile.
Ordell Robbie 3.5 La structure narrative laborieuse rend le tout inférieur à la somme des parties.
drélium 3
Arno Ching-wan 2.25 Le petit bac pro
Anel 3.5
classer par notes | date | rédacteur    longueurs: toutes longueurs moyen et long seulement long seulement


Elégant et racé, parcouru de fulgurances malgré une intrigue difficile.

Les films de Kung Fu n’ont pas à être tous spectaculaires. Si la grande majorité l’est, c’est parce qu’il y a un cahier des charges à remplir, des impératifs à respecter et un public à combler. Wong Kar Wai prend tout le monde de court, malgré une interminable production, et signe une magnifique ode à la concentration, à la répétition et à la sagesse. « Gong Fu » relève de l’art de se maîtriser, alors pourquoi se sentir obligé de sauter sur les murs et de mettre le décor en miettes ? On laissera donc cela aux films de divertissement. Car The Grandmaster n’a sûrement pas été réalisé dans l’optique de divertir. On laissera ça aux cinéastes de la trempe de Wilson Yip ou Ching Siu-Tung.

Il y a ici bien plus qu’un film de Kung Fu mainstream. Il y a un vrai regard sur l’héritage, sur la transmission d’un art. Sur la déception aussi. Doublé bien évidemment d’une dimension romantique exceptionnelle qui plane sur l’intégralité du métrage, Wong Kar-Wai oblige. Le cinéaste n’est d’ailleurs jamais aussi bon que dans l’exercice de retranscrire par sa mise en scène les états d’âme de ses personnages, de souligner un détail jusque-là banal par une signature faite de ralentis, de visages qui se frôlent, d’étreintes violentes et passionnées. La rigueur et l’aura démentielle du père de Gong Er (Zhang Ziyi) interprété magistralement par Wang Qingxiang, acteur de télévision inconnu par chez nous, donnent une dimension spirituelle appuyée à ce qu’est l’idée de transmettre. Ce qu’est l’héritage, la sagesse. Personnage redoutable qui donne tout son sens au titre de « grand maître », paradoxalement plus encore qu’Ip Man, incarné par Tony Leung, qui aurait dû être le personnage central du film. De toutes façons, par ses ambitions démesurées, Wong Kar-Wai partait de l’idée d’un biopic sur LES grands maîtres. Il se focalisera finalement sur Ip Man mais ne laissera jamais de côté les autres.

La sagesse nait qui plus est de l’écoute de ceux qui maîtrisent leur propre art. Le dicton de Zhao Benshan à propos de la cuisson en est l’exemple touchant, surtout quand on connait la trajectoire exceptionnelle de cet homme de théâtre touche-à-tout, qui a droit à son nom au générique en quatrième position alors qu’il occupe peut-être moins de cinq minutes à l’écran. Xiao Shenyang, qui tient le rôle d’une petite gouape mafieuse lors d’une scène hilarante, a d’ailleurs été l’un de ses élèves. La dimension d’héritage plane donc aussi en dehors du film. Mais The Grandmaster trouve ses plus beaux moments lorsqu’il évoque, par l’intermédiaire d’un flashback ou d’un ralenti, cette idée de passer outre les conventions sociales : Zhang Ziyi espionnant derrière une fenêtre son père en plein Kung Fu, avant de reprendre ses mouvements par la suite, est un instant magnifique. Comment ça, une demoiselle préférant occulter ses études de médecine pour devenir maître de Kung Fu ? Déception.

Le film de Wong Kar-Wai, s’il paraît amer et touchant, c’est parce qu’il est guidé par la déception. Déception parce que l’élève a trahis le maître, déception amoureuse (l’amour impossible –une constante, la séparation). Déception à cause de l’inaccompli. Il est le pendant « déçu » et froid d’un In The Mood For Love ou 2046, tous deux plus érotiques. Quant à la fougue et l’énergie formidable de ses réalisations des années 90, elles paraissent si lointaines. Wong Kar-Wai a vieilli et ses acteurs aussi. Place à la sagesse. Place à l’Histoire, ne voilà t-il pas que le cinéaste filme la guerre, associe trahison et occupation japonaise. Boum, ça explose, on pleure et les drapeaux de l’Empire du soleil levant sont tendus haut dans le ciel. Le film a beaucoup marché en Chine continentale.

Film de Kung Fu tout de même, la dimension spirituelle des combats est aussi très forte. Le geste entraîne une résonnance directe sur l’environnement, sur la matière (l’eau, le vent). Ils sont brutaux, réalistes, cadrés de près si bien que l’action et le montage peuvent paraître confus. Les aficionados se sentiront lésés. Comme lorsque The Host du coréen Bong Joon-Ho a été vendu comme un film de monstre, The Grandmaster n’est, lui, pas un film de castagne. On vient plutôt voir Wong Kar-Wai faire un film sur le Kung Fu dans sa matière la plus élégiaque. Voir un film où chaque plan trahit la volonté d’esthétiser à outrance. Le cinéaste n’a jamais été aussi maniériste qu’ici, ses effets de signature n’ont pas été laissés aux Etats-Unis après un road-movie désolant. On retrouve avec plaisir cette voix-off décrivant des détails même les plus simples « quand elle rentrait, elle faisait ci, elle faisait cela », avec une voix tout aussi simple, sans fioriture. On est en pleine lecture, écoutez le maître. Regardez aussi, probablement ce que vous verrez de plus maîtrisé à Hong-Kong ces cinq prochaines années. Et que dire, surtout, de ces extraordinaires vingt dernières minutes où le film culmine vers un climax porté par le seul regard déçu de Zhang Zi-yi et le thème principal d’Il Etait une fois en Amérique ? La trahison entraîne la déception, puis naturellement l’absence d’héritage, l’opium, la mort. L’épisode est tourné, on retrouve Yip Man avec ses futurs élèves –dont un tout jeune Bruce Lee, et on retourne à quelque chose de plus conventionnel finalement.

Le film ne nous apprendra pas grand-chose sur l’implication d’Ip Man dans le conflit sino-japonais, sur la rivalité entre les différentes écoles. Chang Chen vient faire coucou le temps de quelques scènes qu’on ne comprend pas vraiment, Song Hye-Kyo parle coréen ce n’est pas grave. L’ensemble est trop décousu pour être apprécié pleinement, comme s’il manquait une bonne heure. Mais qui aurait attendu Wong Kar-Wai, allé, deux ans de plus ?



11 mai 2013
par Xavier Chanoine




Le petit bac pro

Ca commence gentiment avec une action correctement exécutée, très bien filmée ; la poésie que j’apprécie dans ce cinéma là pointe le bout de son nez en même temps que mon torse se gonfle de bonheur devant pareil spectacle. L’histoire, je m’en cogne. Je me laisse bercer par l’ambiance, les volutes de fumée, les parfums d’Asie, en souriant, nostalgique tout comme l’est Ip Man version Tony Leung CW, avatar évident de WKW, devant le défilé de stars que j’aime tant : Lau Shun, Xiong – pied bot – Xin-Xin, Elvis Tsui etc. En quête d’ataraxie, le maître du wing chun regarde ses contemporains, les vivants, tout du long, avec une sorte de sagesse mêlée d’amour pour son prochain. C’est beau, la photo resplendit, la scène du bordel épate, ça cause cantonais et… paf, me voilà descendu du train. Que se passe-t-il ? Oh ! Je veux remonter ! Pas moyen. La narration se fait chaotique, je n’accroche plus à rien.

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                        Les pellicules éparses de Zhang Zi-Yi, filmées par la pellicule Fuji de WKW (cf. cette itw sur Eastasia.fr)

L’envoûtement cesse ; à partir de là hordes défauts me sautent aux yeux et aux oreilles. Je commence par elles, les lobes me titillent. Le cantonais, déjà, s’efface un peu trop vite derrière le mandarin, qui s’impose. Au rayon musique de film, le morceau d’Ennio Morricone repris soi-disant en guise d’hommage au cinéma de Sergio Leone, résonne davantage comme une variante empruntée - à Il était une fois en Amérique - que comme un hommage flagrant. Au pire. Au mieux, c’est une Tarantinade, donc du méta à effet immédiatement distancé, mais encore aurait-il fallu que le reste du score ne soit pas cet amas de pompage éhonté de divers thèmes entendus ailleurs ! J’ai beaucoup pensé par endroits à la composition de Bruno Coulais sur Himalaya, mais j’imagine sans peine que certains ont entendu comme d’autres échos. L’aspect ludique de l’exercice est plaisant. Les sons ? En son temps, Le pacte des loups fut moqué pour ses effets sonores un brin trop poussés. Là, c’est excessif, vraiment. Et ces scènes de pluie que l’on débine dans le cinéma d’action coréen, qui en use et abuse avec force ralentis, les voilà une fois encore recyclées jusqu’à la parodie le temps de « plic-ploc » grotesques. Grand merci à la station de pompage ! Relevons également l’armada de gros plans en plongée sur des visages de face et trois quart face à n’en plus finir et l’on plonge à pieds joints dans le cahier des charges des péloches du pays du matin calme. Ca éclabousse !

Un peu trop calme, ce film. Un peu trop reposant même, heureusement que la belle Zhang Zi-yi, somptueusement photographiée, au personnage bien écrit, vient épisodiquement me sortir de mon ennui. Entendons-nous bien : j’aime m’ennuyer tranquillement devant un film. Parfois. Les cendres du temps sont d’un ennui fascinant, réparateur. Bénéfique. Là, non, on sent comme une tentative de réitération d’une formule qui fonctionna un temps, comme le Dans la nuit des temps de Tsui Hark essaya vainement de ressusciter la magie de The Lovers. Goût de cendre, le temps a passé, folie du Docteur Frankenstein ! Comble du pompon, là où je m’attendais à un peu plus de nuances sur les nombreux aspects nationalistes qui m’avaient gêné dans les Ip Man du binôme Yip / Yen, je me retrouve avec un quasi copycat du drapeau qui colle autant aux bonbons qu'il me les casse. L’invasion des japonais est traitée par-dessus la jambe, sur le même ton manichéen. « Je ne mangerai pas de riz japonais », dixit Ip Man. Bravo ! Et cette emphase typique, musique pompière aidant, lourdement appuyée par de nombreux encarts de textes pesants, renvoie immédiatement à ce que l’on reprochait parfois au Bodyguards & Assassins de Teddy Chen. Et que dire de ce passage grotesque où Ip Man coupe son mannequin de bois pour se chauffer ? Même un Edward Zwick n’aurait pas osé pareil cliché ! Quelques magnifiques scènes sauvent des meubles de la cheminée, comme la très jolie rencontre entre le personnage de Zhang Zi-Yi et celui de Chang Chen (Môôssieur trois quart face !) ou encore le duel sur le quai de gare… malgré ce train absurde qui passe avec ses 15000 wagons accrochés à la locomotive ! Devrions-nous voir là comme un hommage aux chargeurs infinis des flingues des films de John Woo ?…

Non, l’ensemble est par trop décousu, bavard, répétitif et affreusement plombé d’une fin creuse, étirée, sans réel point de vue ni morale pour m’emballer un minimum. Avec en guise d’ultime ponctuation nauséeuse un clin d’œil facile à Bruce Lee, célèbre élève du Maître, le bilan se fait négatif. On connaît l’anecdote, on connaît la chanson, à WKW de la réciter. Vive la Chine ! Vive ses héros, ses icônes ! Concession évidente pour construire un autre projet tout autour, son OUATIC à lui, on le sent bien mais c’est beaucoup trop cher payé in fine. A ce jeu, Tsui Hark s’en tira nettement mieux avec son Detective dit que quitte à choisir, il se garde son baril de Donnie Yen et sa sécheresse de série B, nettement plus digeste. Tout est relatif.    

20 avril 2013
par Arno Ching-wan


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